Questions Clés

9. Qu'est-ce que l'approche accordant la priorité au logement? Une philosophie, une approche systémique ou un modèle de programme?

L'approche accordant la priorité au logement est une philosophie proposant un ensemble de principes clés qui se reflètent dans les approches systémiques à la lutte contre l'itinérance et les modèles de programmes. Les principes décrits précédemment (p. ex., accès immédiat à un logement permanent, sans condition préalable quant à l’état de préparation de l’usager ainsi que le choix des services et l’autodétermination de celui-ci) sous-tendent et guident les approches systémiques de lutte à l'itinérance et les modèles de programmes.

Une approche systémique accordant la priorité au logement met l'accent sur une planification cohésive dans la communauté permettant d'élaborer des programmes et des politiques coordonnés et complémentaires de lutte à l'itinérance qui sont conformes aux principes et pratiques du modèle. Ceux-ci présentent un système de recrutement qui sélectionne des personnes à risque de devenir itinérantes ou qui sont déjà en situation d’itinérance qui proviennent de la rue, de refuges ou d'institutions.

L’approche accordant la priorité au logement met l'accent sur des modèles de programmes spécifiques visant des populations itinérantes particulières (p. ex., adultes ayant une maladie mentale et des dépendances concomitantes, familles avec enfants, jeunes) pour réduire ou éliminer l'itinérance et promouvoir le bien-être de ces populations. Les distinctions entre les interventions systémiques et du programme, et leur correspondance avec les principes du modèle accordant la priorité au logement, figurent dans le tableau ci-dessous.

10. En quoi diffère l'approche accordant la priorité au logement de celles combinant logement et services?

La plupart des approches combinant logement et services ou les modèles de « continuum de soins » offrent des logements seulement dans des immeubles où sont offerts des services cliniques. Cela signifie que les fonctions des propriétaires et des pourvoyeurs de services sont géréspar une même agence. De plus, les programmes proposant des logements supervisés exigent souvent des usagers qu'ils demeurent sobres et qu'ils reçoivent des services psychiatriques continuels.
Les programmes basés sur le modèle accordant la priorité au logement logent immédiatement les participants, sans conditions préalables. Le logement et les services cliniques sont séparés. On offre aux participants une vaste gamme de services de santé, de santé mentale et d'autres services de soutien après qu'ils aient été logés. Les participants choisissent leur logement, ainsi que les services de soutien qui répondent le mieux à leurs besoins, et rencontrent un gestionnaire de cas ou un membre du personnel de soutien toutes les semaines ou toutes les deux semaines. Contrairement à certaines approches, le modèle accordant la priorité au logement vise la réduction des préjudices dans le but de diminuer les risques et les effets associés à l’abus d'alcool et d'autres substances intoxicants, sans exiger l'abstinence comme condition de conservation du logement. Le modèle proposant un logement supervisé fait partie intégrante des services de santé mentale et de logement pour les adultes itinérants.

Le modèle accordant la priorité au logement est fondé sur des données probantes et cible les personnes qui ont été mal desservies par les approches traditionnelles.

11. Pourquoi l'approche accordant la priorité au logement met-elle l'accent sur le choix de l'usager?

Le programme accordant la priorité au logement répond aux critiques de défenseurs et de chercheurs qui jugent que les approches traditionnelles destinées aux adultes ayant des troubles mentaux ou des dépendances tendent à ignorer l'importance du choix par l’usager. Depuis longtemps, les usagers demandent eux-mêmes de vivre dans des appartements situés dans la communauté. Pour que les clients visés par ces programmes puissent se positionner comme des citoyens à part entière, il faut admettre qu’ils sont les « experts » de leur propre vie, qu’ils se sont fait abandonner à répétition par des systèmes qui n'ont pas fonctionné, souvent caractérisés par un manque de choix. Or, pour le participant, faire un choix permet d'opter pour une solution perçue comme significative et précieuse. La promotion du choix est un moyen efficace d'engager les usagers dans le processus de rétablissement1, 2 Le choix du logement et des services favorise également les sentiments d'autoefficacité et d'autodétermination dans d'autres aspects de la vie.

12. Comment l'approche accordant la priorité au logement fait-elle la promotion du rétablissement?

Le modèle accordant la priorité au logement favorise grandement le rétablissement par la prestation de services et axés sur la personne et la promotion du bien-être. Cette approche reflète l'idée selon laquelle le logement est un droit fondamental de la personne et la justice sociale est un pilier du modèle. Le choix et l'autodétermination de l’usager sont au cœur de la prestation des logements et des services cliniques. Les services cliniques sont offerts par une équipe SIM ou SIV. On met fortement l'accent sur la dotation en personnel et on juge essentiel que les « bonnes personnes » favorisent l'appropriation du pouvoir d'agir des usagers et misent sur leurs points forts. L'appropriation du pouvoir d'agir est un principe important du soutien car le modèle accordant la priorité au logement vise à renforcer rendre les participants aptes à affronter les défis de la vie. Conformément aux interventions favorisant l'appropriation du pouvoir d'agir, les services misent sur les points forts des usagers plutôt que sur leurs déficits.3

Comment l'approche accordant la priorité au logement fait-elle la promotion du rétablissement?

13. Où des programmes ont-ils été mis en œuvre?

Des programmes accordant la priorité au logement ont été mis en œuvre en Amérique du Nord et commencent tout juste à voir le jour en Europe. En Amérique du Nord, de tels programmes ont été implantés au Canada (Colombie-Britannique, Alberta, Manitoba, Ontario, Québec, Nouveau-Brunswick) et aux États-Unis (New York, Caroline du Sud, Oregon, Massachusetts, Minnesota, Californie). En Alberta, où il existe un plan de lutte à l'itinérance échelonné sur dix ans, des programmes ont été mis en œuvre partout dans la province. En Europe, ces programmes ont vu le jour en Irlande, au Portugal, en Finlande, aux Pays-Bas, en Hongrie, au Danemark, en Écosse et en France.4, 5 Bien que le modèle aborde l'itinérance chez ses personnes ayant une maladie mentale, il est utilisé dans de nombreux endroits pour répondre aux besoins de la population itinérante globale.

MYTHE
L’approche accordant la priorité au logement provient des États-Unis et ne s’applique vraiment qu’à ce contexte particulier.

MYTHE DÉBOULONNÉ
Cette approche a déjà été largement mise en œuvre au Canada et partout ailleurs dans le monde.

Consultez la carte ci-dessous pour savoir où
l’approche accordant la priorité au logement
a été mise en œuvre.

 

14. Quelles sont les données à l’appui de l'approche accordant la priorité au logement au Canada?

Le projet Chez Soi, étude clinique avec randomisationmené au Canada, à partir duquel ce guide a été élaboré,a permis de dégager des données appuyant l'efficacité du modèle accordant la priorité au logement. Aux États-Unis, neuf autres études de même type ont aussi effectuées. Leurs résultats ont systématiquement démontré que ce modèle réduit l'itinérance et les occurrences d’hospitalisation, favorise l’occupation stable d’un logement et permet à l’usager de choisir un logement dans une plus grande mesure que les services habituels, les programmes offrant un logement supervisé ou les interventions de gestion de cas pris isolément. Certaines de ces études ont démontré que le modèle accordant la priorité au logement a contribué aux améliorations en matière de santé, d'abus de substances et d'insertion dans la communauté.6 Le modèle a été approuvé par la Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance de Ressources humaines et Développement des compétences Canada. Aux États-Unis, il figure au registre national des programmes et pratiques fondés sur des données probantes (NREPP, 2007) de l'administration américaine de services de toxicomanie et de santé mentale (SAMHSA).7
 
Au Canada, les résultats ont été particulièrement positifs quant à la mise en œuvre de l'approche:8

1. À Vancouver, le projet Chez Soi a été cité comme l'une des raisons à l’origine de la réduction récente de l'itinérance, calculée par dénombrement.

2. Une recherche récente menée à Vancouver estime qu’une économie de coûts de l’ordre de 30 p. 100 a été réalisée grâce à l'offre de logements aux personnes itinérantes.

3. À Calgary, l'approche a connu un tel succès que la Ville a observé une réduction des lits occupés dans ses refuges.

4. Une étude canadienne a indiqué que la prise en charge institutionnelle habituelle au phénomène de l'itinérance (système carcéral et hôpitaux psychiatriques) es beaucoup plus dispendieuse (coûts annuels estimés à entre 66 000 et 120 000 dollars) que les investissements dans le logement supervisé(coûts annuels estimés à entre 13 000 et 18 000 dollars).

Le projet Chez Soi a permis d'étoffer les données prouvant l’efficacité de l'approche accordant la priorité au logement au Canada. Cette étude a révélé ce qui suit:9

Mise en œuvre du programme
L'approche accordant la priorité au logement met rapidement fin à l'itinérance
L'approche accordant la priorité au logement est un investissement judicieux
Avoir un endroit où loger et des services peut entraîner d'autres résultats positifs qui vont au-delà de ceux offerts par les services existants
L'approche accordant la priorité au logement peut changer des vies de nombreuses façons.
Bien gérer le programme accordant la priorité au logement est essentiel pour optimiser les résultats.

15. Comment le modèle accordant la priorité au logement peut-il être adapté?

Le programme accordant la priorité au logement peut être adapté pour de nombreux groupes en situation d’itinérance. Ce guide offre des renseignements sur le modèle accordant la priorité au logement relativement aux personnes en situation d’itinérance chronique ayant des besoins en matière de santé mentale et de dépendances, plus précisément.
Bien que le programme soit mis en œuvre plus souvent en milieu urbain, il peut être adapté et mis en œuvre presque partout. Le projet Chez Soi a été implanté dans cinq villes canadiennes.

Consultez la carte ci-dessous pour savoir comment le projet Chez Soi
a su adapter les interventions accordant la priorité au
logement pour répondre aux besoins particulier de ses participants.

 

16. Comment l'approche accordant la priorité au logement améliore-t-elle la qualité de vie des participants?

Le modèle accordant la priorité au logement a démontré qu'il favorise l’autonomie des usagers, améliore la santé et la santé mentale, permet aux participants de se projeter dans l’avenir et à entretenir des relations sociales30. Le modèle accordant la priorité au logement peut également permettre aux participants de reprendre possession de leur précieuse identité.31

Visionnez ces vidéos coproduites par l’Office national du film et Pathways to
Housing pour avoir un aperçu des expériences des participants
des interventions accordant la priorité au logement.